Fernand d'Onofrio

Prélude moléculaire

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Atypique, Fernand D’ONOFRIO n’est pas homme à exploiter un filon. Ceux qui ont essayé de décrire son oeuvre se sont cassés le bec. Et pour cause ! Pendant la décennie des années 1980, l’artiste entre dans la peinture par la porte du surréalisme, comme s’il était dépositaire d’un fragment d’ADN de Dali. Il passe ensuite à un monde d’abstraction hyperréaliste où vit une étonnante société de planches et de tissus noués et torsadés. Assurément il a trouvé son style ! Mais faisant fi des classements académiques, Fernand D’ONOFRIO sème le trouble en nous invitant à le suivre dans un nouvel univers cubiste de monolithes bleus, peuplé d’êtres furtifs échappés d’études anatomiques. Alors que l’on s’interroge sur cette nouvelle voie, le voilà déjà géniteur d’androïdes écorchés vifs, aux poses lascives ou cambrés dans des confrontations douloureuses. Ces corps torturés se transformeront en athlètes irradiant la détermination et la force brute, que nul ne semble pouvoir arrêter. Puis ils s’enchevêtreront en luttes charnelles et passionnelles, d’où émergent parfois des bustes taurins ou des amants avides. Toujours en ébullition créative, l’artiste fera naître des organes à la frontière entre les fonctions physiologiques et le monde industriel, peut être en hommage à la chaudière infernale qui fut sa première compagne de création. Il poursuivra dans cette voie avec des combustions de corps mêlés, baignés d’un magma sanguin. Sa période de nus féminins semble marquer une pause dans cette exploration frénétique de l’être. Il y a pourtant quelque chose d’annonciateur dans le laborieux travail de surface qui marque les corps : une nouvelle fascination pour la peau, le tissu, qui donnera naissance à d’étranges formes emmaillotées. Franchissant le derme, l’artiste plonge alors au niveau cellulaire, avec des textures dont l’agencement semble régit par les lois spontanées de la vie. Aujourd’hui Fernand D’ONOFRIO tutoie des molécules flamboyantes de taille humaine, flottant au premier plan d’un univers capable de nous absorber. Funambule, artiste de la rupture, accro à la prise de risque ? Fernand D’ONOFRIO explore chaque étape de son parcours d’artiste avec une énergie sans relâche. Dans sa quête de la perfection, il glane les signes précurseurs de ses prochaines créations. Son oeuvre est une suite de paragraphes qui se lisent naturellement l’un à la suite de l’autre. Vers quoi le mènera son prélude moléculaire ?

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Parcours d’artiste

Fernand D’ONOFRIO, quand êtes-vous devenu artiste ? La peinture s’est imposée à moi comme une évidence depuis l’âge de 14 ans, sans être poussé par le milieu familial. Adolescent, j’ai installé un atelier de fortune à côté de la chaudière dans la cave. J’ai passé une dizaine d’année à travailler à l’usine et à peindre le soir dans mon antre, dans l’odeur mêlée de térébenthine et de mazout. A 27 ans, j’ai tout laissé tomber et je suis parti à Philadelphie. Je n’avais aucune perspective, je ne parlais pas un mot d’anglais et j’étais incapable de m’exprimer autrement que par la peinture. Alors j’ai peint et j’ai mis 9 mois à apprendre la langue du pays. Finalement, je suis resté 8 ans à Philadelphie, New York et Chicago. Le voyage a le pouvoir de nous sortir de nos habitudes. Je crois rétrospectivement qu’il est plus simple de devenir artiste aux Etats Unis. En France il faut faire partie d’une sorte d’élite artistique universitaire, alors que je suis un pur autodidacte. C’est à force de travail que j’ai appris à dessiner et à peindre, en croquant des personnages, en copiant des artistes. Je me souviendrais toujours de ma première peinture sur un carton d’étude : un portrait de Jacques Brel.

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Pourquoi cette soif insatiable d’explorer des styles différents ? Ma signature d’artiste évolue en permanence. Chaque période se traduit par ses couleurs, sa technique. Mon atelier est comme un laboratoire. Lorsque je peins j’auto alimente ma créativité : quand il se passe quelque chose d’étonnant sur ma toile, je le mémorise et ce sont ces éléments qui donnent peu à peu naissance au style suivant. Arrêter de se chercher, c’est s’atrophier. J’aime aussi altérer la matière, provoquer des réactions grâce aux techniques mixtes. Il faut torturer la peinture sinon elle dort : c’est l’artiste qui lui donne de l’âme, du coeur, de l’intensité. L’aléatoire a aussi son rôle à jouer : un jour, dans un accès de fureur, j’ai renversé mes toiles et lorsque je les ai décollées les unes des autres, j’ai été frappé par un effet inattendu. Un autre jour, c’est le froid mordant de l’atelier qui m’a montré une nouvelle voie. Ce sont des découvertes avec leur lot d’échecs et d’erreurs. On peut appeler ça une prise de risque, moi je préfère le terme de défi. Je suis passé à l’acrylique car mon corps a souffert d’un trop plein de térébenthine, mais je peins toujours comme si c’était de l’huile, avec l’avantage d’aller plus vite. Que diriez-vous du style D’ONOFRIO d’aujourd’hui ? Mes nouvelles toiles - Diagnostic d’une comédie ou La rubrique du lapin par exemple- nous emmènent dans le monde de l’infiniment petit, qui m’a toujours fasciné. Un face à face avec des amas moléculaires, à l’extrémité d’un microscope, sous la peau, au coeur de la matière organique. Ces toiles sont construites à l’envers : le premier plan prend vie avant le fond pour créer une illusion de profondeur. Je travaille beaucoup les reliefs, les effets froissés : chaque pli à sa propre logique, sa forme, son ombre. Je prends aussi beaucoup de plaisir à gérer les sources de lumière virtuelle : on est proche d’un instant magique lorsque la même nuance de couleur prend à la fois l’air plus sombre et plus clair sur la même toile ! Parfois je laisse filer instinctivement quelques mots d’écriture inversée : un message au spectateur ou un vers de poésie afghane. Je suis dans une véritable quête du relief qui me conduira peutêtre un jour vers la sculpture !  

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Contact : Fernand D’ONOFRIO
Tél. 06 62 14 05 24
www.donof.com