Le Raku : la magie de la terre et du feu

De nombreux céramistes contemporains ont adopté la technique du raku, née il y a 5 siècles. Intemporel et ancestral, cet art est une sorte d’alchimie dans laquelle les forces naturelles et la technique du créateur forment un équilibre précaire pour aboutir à la naissance de pièces uniques. Rencontre violente entre la terre, le feu et la fumée, l’art du raku est un véritable rituel, fascinant et imprévisible à la fois.

Le raku : un art de penser


La technique de la céramique raku (prononcer «rakou»), à mi-chemin entre l’art et l’artisanat, est née au 16ème siècle au Japon. Pour les moines des monastères bouddhistes zen, la cérémonie du thé, le Chanoyu, était un rituel incitant au calme et à la méditation, une sorte d’expérience mystique. La précieuse poudre de thé vert est ébouillantée dans un Chawan, un bol dans lequel elle est ensuite battue avec un fouet de bambou pour former un thé crémeux que chaque participant boit par petites gorgées.

Dans ce culte du thé, le bol devient un objet précieux de vénération, agissant presque comme un intermédiaire, un medium dans la recherche de spiritualité.  Une relation affective s’établit lorsque les doigts se lovent autour de la terre chaude. Le regard plonge dans les méandres de l’émail pétrifié et le plaisir devient presque sensuel lorsque la bouche frôle la lèvre du bol.

La cérémonie du thé suit des règles protocolaires très strictes et s’appuie sur le concept esthétique du «Wabi-Sabi» : raffinement dans la simplicité, élégance rustique, noblesse sans sophistication, beauté ramenée à sa simplicité essentielle. Le Wabi-Sabi prône l’harmonie avec la nature, la beauté ne se situant pas dans l’artificialité sans défaut, mais dans l’absence de prétention de l’imperfection naturelle.

Pia Kobloth

C’est à la demande du maître de thé Sen no Rikyû, au service du premier conseiller de l’empereur, que le potier et fabricant de tuiles Chôjiro (1516-1592) s’est consacré à la création de bols à thé. Il devint ainsi le fondateur de la dynastie raku, dont la production parcimonieuse et destinée à une élite est poursuivie aujourd’hui par Kichizaemon, né en 1949, quinzième potier de cette lignée.

 

Terres de feu, terres enfumées

Actuellement on qualifie de raku la plupart des céramiques nées d’une cuisson rapide. La technique du raku s’appuie en effet sur une montée en température accélérée suivie d’un refroidissement brutal. Après une première cuisson ou biscuitage, les pièces émaillées sont enfournées pour atteindre une température proche de 1000°C en un temps court (d’une quinzaine de minutes à plusieurs heures selon les formes et les procédés de cuisson).


Pia Kobloth

Elles sont retirées du feu à l’état incandescent pour être refroidies à l’air libre ou à l’eau. A ce stade, le choc thermique provoque un réseau de trésaillures dans l’émail, résultant des tensions entre la terre et le verre.

Plongées ensuite dans de la paille, des copeaux de bois, du papier journal, un lit de matières végétales ou d’algues, les pièces sont brûlées et enfumées pour produire les effets qui souligneront les craquelures de l’émail.

 

 

Pia Kobloth

Lorsqu’elles sont recouvertes de matières inflammables naturelles, par exemple de la sciure de bois qui a pour effet de limiter l’apport d’oxygène au contact de l’émail en fusion, il se produit une phase d’oxydoréduction. Certains composants, comme le cuivre, laisseront alors apparaître d’étranges reflets métalliques et lustrés.

 

 

Après refroidissement, chaque céramique est nettoyée pour enlever tous les résidus de suie et de cendres et c’est là que la surprise est au rendez-vous.  Car la multitude des paramètres mis en jeu permet d’obtenir des résultats variant à l’infini.
Comme le souligne le céramiste français Claude CHAMPY «le Raku autorise de nombreuses expériences… poétiques, philosophiques, ludiques et ... catastrophiques ! »
Les céramiques raku sont riches de sensations tactiles car elles préservent la rudesse de l’argile. Peu cuites et poreuses,  elles affichent une bonne résistance aux chocs thermiques. Les bols en raku transmettent  modérément la chaleur du thé à la masse de terre et sont agréables à garder entre les mains.

Pia Kobloth

Si la technique paraît simple et rudimentaire,  le hasard tient une grande place dans le Raku. L’intentionnel rencontre l’accidentel. L’acte créateur du céramiste se poursuit dans la liberté imprévisible du feu qui va sceller l’œuvre et lui donner sa propre personnalité. Cette relation violente entre la terre et le feu, associée aux gestes du céramiste confère à chaque pièce sa qualité d’objet unique.

 

 

 


En savoir plus…

Raku Museum de Kyoto
http://www.raku-yaki.or.jp rubrique raku family/raku generation. Toute l’histoire de la dynastie raku de Chôjiro I à Kichizaemon XV
La Foire aux Question de Steven Branfman

http://pagesperso-orange.fr/smart2000/Raku_FAQ.htm
Steven Branfman, l’auteur de «Raku : A Practical Approach», répond aux questions des internautes

La technique du raku en vidéo

http://www.dailymotion.com/video/x34x54_latelier-raku-a-calenzana-en-corse_creation
Une vidéo réalisée par l’atelier Raku de Calenzana en Corse.

L’atelier de Pia Kobloth à Horbourg-Wihr

http://www.commeenterre.com

Kaolin créations - Atelier Raku : Fabienne L’Hotis

http://www.fabiennelhostis.com

Institut Européen des Arts Céramiques à Guebwiller

http://ieaceram.org