Bronze fascinant et éternel

L'utilisation du bronze en sculpture, remonte à l’antiquité, depuis au moins le IIIème millénaire avant notre ère. L’airain - c’est ainsi qu’il est nommé en poésie et dans la littérature - a ceci de fascinant qu’il traverse les siècles. Il résiste à la corrosion et évolue avec le temps, s'embellissant d'une patine qui rend chaque oeuvre unique. Pour un artiste c'est presque toucher l’immortalité avec des créations qui lui survivront.
J’ai achevé un monument plus durable que l’airain
[ HORACE Odes III, XXX, 1]
L’art de la reproduction
Faisant appel à des procédés complexes de fusion et de coulée, le bronze n’est pas - à de rares exceptions près - travaillé directement par le sculpteur. Toute la statuaire en bronze est issue d’une seule oeuvre originale. Pour son travail de reproduction, le fondeur part soit de l’oeuvre originale, soit d’une réplique : un «plâtre d’atelier» ou un «chef modèle» en bronze. Les amateurs d’art sont toujours en quête de la copie la plus proche de l’oeuvre originale. Il y a aussi une différence d’appréciation de la valeur entre un bronze réalisé du vivant du sculpteur et une oeuvre à titre posthume. Car l’artiste vérifie que son oeuvre n’est pas altérée et accompagne ou réalise lui-même les travaux de ciselure et de patine. Un bronze d’art est ainsi une conjonction unique du travail du sculpteur et de celui des ouvriers de la fonderie. Mais la notion de multiples dans le domaine de l'art, est gênante. Instinctivement, l'esprit valorise l'oeuvre originale comme l'émanation directe et sublime de l'artiste alors que dans la reproduction le lien quasi charnel semble rompu. Pour éviter tout abus, le législateur est intervenu en imposant des inscriptions obligatoires sur les oeuvres d'art en bronze : la signature du sculpteur suivie éventuellement de la date de création, le numéro de l'épreuve, la marque ou la signature du fondeur.
Le Bronze : l'airain immortel
Un art de collaboration
Ce qui fait la particularité d’une sculpture en bronze, c’est qu‘elle n’est pas le travail d’un seul homme. Le bronze est un art de collaboration entre l’artiste et le fondeur. Le sculpteur peut avoir passé des centaines d’heures de travail sur son oeuvre. Qu’elle soit en terre cuite, en pierre, en cire, en plâtre, en bois, en résine ou en polystyrène recouvert de plâtre, il la connaît parfaitement. Lorsqu’il décide de faire fondre son modèle, le sculpteur transmet son oeuvre au fondeur qui va s’approprier la création. Comment celui-ci réussira-t-il faire à émerger de ce minerai brut et grossier, toute la finesse et la vigueur du travail artistique ? Cette transmutation est le fruit d’une longue série d’opérations qui nécessitent un apprentissage rigoureux, une longue expérience et une connaissance parfaite des techniques. Dans un bruit parfois insupportable, dans l’apparent désordre des ateliers, s’opère une lente magie qui va redonner vie au mouvement, à l’instantanéité, et à la justesse des détails et des attitudes. La relation entre l’artiste et le fondeur est une relation de très grande confiance.
Pièce unique, original ou multiple ?
Lorsqu'un sculpteur apporte l'une de ses oeuvres en fonderie, le choix du nombre d'exemplaires est déterminé de manière irrévocable avant la réalisation du premier tirage. L'artiste ne pourra pas revenir en arrière.
La pièce unique
Une pièce unique est coulée en un seul exemplaire qui porte la mention PU.
L’original
Pour avoir droit à l'appellation d'original, une oeuvre d'art réalisée dans une fonderie ne peut être reproduite qu'en douze exemplaires au maximum. Huit sont numérotés de 1/8 à 8/8, en chiffres arabes, et quatre, appelées les "épreuves d'artiste", sont numérotées de EA I/IV à EA IV/IV, en chiffres romains. La notion d'épreuve d'artiste serait la survivance de l’époque où l'artiste cédait ses droits de reproduction à un marchand ou à un éditeur. Une sorte de dérogation contractuelle, qui lui permettait de vendre quelques exemplaires pour son propre compte. L’artiste peut choisir de diminuer le nombre de tirages, par exemple n’en produire que 4 au lieu de 8, numérotés de ¼ à 4/4.
Le multiple
Lorsque l'artiste décide, dès la première fonte, d'éditer audelàdes 12 exemplaires, il n'y a ni originaux ni épreuves d'artiste. Il devra numéroter tous ses multiples dès le premier exemplaire, par exemple 1/100 (pour l'original), 2/100, 3/100 jusqu'à 100/100. Il ne pourra y avoir d'autres de tirages audelà du nombre qui a été choisi au départ par l'artiste.
La reproduction
C'est une copie, un surmoulage ou une reproduction par toute autre méthode d’une oeuvre d’art ou d’un objet de collection. Elle doit être désignée comme telle en portant obligatoirement la mention "Reproduction", suivie du millésime de la fonte en quatre chiffres de façon visible, lisible et indélébile, sur une partie apparente de la pièce.
Les métiers du bronze
>Mouleur
fabrique un moule du modèle grâce à un moulage direct au sable ou indirect à la cire perdue.
>Noyauteur
Prépare les noyaux qui seront incorporés au moule pour réaliser les parties en creux ou en contre-dépouille de la pièce.
>Mouliste
Fabrique un outillage permanent pour des moulages coquille et moulages sous pression
>Fondeur
S'occupe des fours de fusion qui préparent le métal avant la coulée
>Décocheur
Casse les moules pour sortir la pièce brute de coulée.
>Ebarbeur
Finit la pièce en la séparant de son système de remplissage et d'alimentation et en meulant les bavures éventuelles
>Grenailleur ou Sableur
Grenaille ou sable les pièces
Qu'est ce que le Bronze ?
Le bronze est le nom générique d’un alliage de cuivre et d'étain, composé de plus de 60% de cuivre. La proportion d'étain est variable (de 5 à 20 %) car le bronze contient aussi du plomb et du zinc. L’article 1 de la loi du 8 mars 1935, précise que pour mettre en vente des objets d'art sous la dénomination de "bronzes", l’oeuvre d'art doit être réalisée dans un alliage métallique contenant au moins 65% de cuivre. Il ne faut pas confondre le bronze avec le laiton qui est un alliage de cuivre et de zinc. La technique de fabrication du bronze est vieille de 3000 ans. L’âge de bronze succède à l’âge du cuivre qui fut le premier métal travaillé par les hommes il y a 4000 ans. Ils commencèrent probablement par marteler le cuivre natif, présent naturellement sous forme métallique dans la terre. Ils s'aperçurent sans doute ensuite qu'il était plus facile de le travailler lorsqu'il était chauffé avant d’atteindre la température de fonte à1084° et de pouvoir le mouler. Le rajout ,dans le cuivre en fusion, d'arsenic, d'étain de zinc, conduisit naturellement au bronze qui remplacera progressivement la pierre dans la fabrication des outils. Il faudra attendre –900 ans avant JC pour qu’apparaisse la métallurgie du fer, dont le minerai est plus difficile à extraire et le point de fusion plus élevé (1535°).
Moulage au sable ou à la cire perdue ?
Il existe deux procédés de moulage : le moulage à la cire perdue et le moulage au sable. Dans le procédé dit «à la cire perdue», on reproduit une première fois l'original en cire, grâce à un moule en élastomère souple. On enrobe cette cire dans une carapace céramique que l’on va ensuite cuire : la cire fond et c’est ainsi que l’on obtient le moule réfractaire qui recevra la coulée.

La technique de la cire perdue, a été découverte 1000 ans avant celle du bronze, pour reproduire des pièces en cuivre. A cette époque, l'homme façonnait des objets en cire d’abeille, avant de les entourer de glaise mêlée de paille et de crottin de cheval. Le moule ainsi obtenu, était chauffé pour évacuer la cire et accueillir le métal en fusion. On choisit le moulage à la cire perdue lorsque les pièces doivent être rendues avec précision, qu’elles sont irrégulières ou de petite taille. Cette technique, qui peut s’adapter à toutes les sculptures, convient particulièrement aux modèles réalisés dans des matières molles ou fragiles comme la terre crue ou la cire.

Le moulage au sable convient plutôt pour les pièces lisses, ou pour les modèles de taille importante. Pour que cette technique de moulage au sable fonctionne, il faut un modèle réalisé dans une matière non déformable : plâtre, bois, terre cuite, résine… On enterre le modèle dans un châssis jusqu'au plan de joint et on tasse le "sablede bronzier" directement sur la pièce. Afin que le sable garde fidèlement la forme, il est mélangé avec de l'argile qui donne une cohésion à l'ensemble. Aujourd'hui, on remplace parfois l'argile par une résine. On répète ensuite l’opération avec la deuxième partie du moule. Qu’il s’agisse d’un moulage à la cire perdue ou au sable, il est indispensable de prévoir un réseau de petits canaux, destiné à alimenter toutes les parties en métal (les «jets») et à évacuer l’air et les gaz lors de la coulée (les «évents »).

Métal en fusion à 1300°
C'est la phase la plus spectaculaire du travail du fondeur : la coulée par gravité du bronze en fusion dans le moule. Le bronze est chauffé à 1300°C dans un four. Après enlèvement du laitier qui se forme à la surface, le métal est placé dans des creusets pour être coulé directement dans le moule. Après refroidissement, le moule sera cassé ou ouvert pour dégager le bronze.
La ciselure : du bronze à l'oeuvre d'art Lorsque la pièce en bronze est dégagée de son moule, le travail est loin d'être terminé. Il faut ensuite couper et limer les jets et les évents qui auront été remplis de bronze, enlever la croûte, boucher les trous et les porosités... Puis vient la ciselure qui demande de nombreuses heures de travail et l'habileté d'un grand professionnel. Elle va donner à l’oeuvre finale son relief et mettre en valeur les plus petits détails. La ciselure se fait au poinçon et certains ciseleurs utilisent jusqu'à 300 poinçons et burins pour réaliser cette opération.
La patine du Bronze
Ultime étape : la patine. Elle vient couronner le travail du fondeur. Effectuée en relation étroite avec le sculpteur, elle donne au bronze son aspect particulier. L'atelier du patineur ressemble à un laboratoire d'alchimiste, car les couleurs sont obtenues en appliquant des acides à chaud sur le bronze. La technique semble simple : on chauffe la pièce au chalumeau puis on l’oxyde en appliquant l’acide au pinceau. Suivant la nature de l’acide, on obtient ainsi du bleu, du noir, du vert, du doré ou du marron. Le nitrate de cuivre est la patine naturelle que prend le bronze lorsqu’il est exposé aux intempéries à l'extérieur. Mais on peut décider de lui donner d’autres teintes : un vert antique plus sombre avec du sulfure de potassium, une couleur tirant vers le bleu avec du nitrate de cuivre, une teinte brune ou un rouge florentin avec du nitrate de fer et de l’oxyde de fer.
