L'acrylique

Arts Echos le magazine art et déco : acrylique, peinture révolutionnaireLa naissance de l'acrylique

Au début du XXème siècle, l’apparition de la peinture à l’acrylique est liée aux peintres muralistes et à l’histoire de la révolution mexicaine contre la dictature de Porfirio Diaz.

Le mouvement muraliste est l’incarnation artistique de l’esprit révolutionnaire. Sur les murs des bâtiments publics, les peintres célèbrent la révolution. Au milieu du chaos, l’art remplit une fonction sociale en communiquant au peuple une dynamique de progrès.

C’est dans ce contexte qu’a été inventée, vers 1905, la peinture à l’acrylique. Elle est née d’une collaboration entre les chimistes de l’Institut National Polytechnique de Mexico et les peintres muralistes mexicains pour la réalisation de fresques sur les façades de l’université de Mexico.

Après la révolution, dans les années 1920, le ministre de l’éducation, José Vasconcelos, lance un programme culturel gouvernemental destiné à décorer les édifices publics. Les hôpitaux, écoles, lycées et ministères relatent sur leurs murs l’histoire de la culture du Mexique dans les traditions de couleurs, de formes et de narration des muralistes indigènes. La renommée du mouvement muraliste dépasse alors les frontières du pays avec des artistes comme Diego Rivera, José Clemente Orozco ou David Alfaro Siqueiros.

Il faudra attendre les années 1950 pour que la peinture acrylique soit commercialisée. Le premier tube similaire à ceux qu’utilisent les artistes aujourd’hui,  fut mis sur le marché en 1955 par Liquitex®.   La France ne découvrira cette technique que dans les années 1960.

 

L'acrylique, peinture révolutionnaire

La peinture acrylique aurait pu prendre des générations pour gagner la cause des artistes et s’imposer dans les expositions. Mais c’était sans compter Andy Warhol. Effronté, irrévérencieux, mais indéniablement talen-tueux, il expose en 1962 sa première série de 32 toiles peintes à l’acrylique. Ses boîtes de soupe de Campbell, suspendues au-dessus d’une étagère pour parodier les supermarchés, obtiennent un franc succès auprès des critiques. L’acrylique a ainsi gagné sa respectabilité et sa place définitive dans la boîte à couleur des artistes.

«Mes peintures ne correspondent jamais à ce que j’avais prévu, mais je ne suis jamais surpris» [Andy Warhol]

L’acrylique est la technique picturale de notre temps, rapide et surprenante. Elle enrichit l’éventail de la création artistique en donnant la possibilité d’être combinée avec de multiples matériaux : sable, feuille d’or, papier, copeaux de métal, médium, paillettes, pigments, encres…Le peintre devient ainsi sculpteur de sa toile, travaillant sur les reliefs, les incrustations, les collages pour découvrir les effets les plus inattendus.

 

Arts Echos le magazine art et déco : acrylique, peinture révolutionnairePeinture à l’huile, peinture à l’eau

Les deux composantes de base d’une peinture sont les pigments et le liant. Les pigments donnent la couleur, l’intensité lumineuse et l’opacité. D’origine synthétique ou naturelle - végétale, minérale, animale - les pigments ont toujours fasciné les hommes qui ont fait  preuve d’une ingéniosité remarquable dans la quête de nouvelles couleurs.

La pourpre impériale, par exemple, a été extraite par les Phéniciens des Murex, de très beaux  mollusques gastéropodes à la coquille hérissée de pointes. Il faut 12 000 spécimens pour produire 1,4 gramme de teinture. La découverte de ce pigment de grande valeur a ainsi été funeste pour l’espèce comme en attestent les collines de coquilles de Murex,  de Sidon au Liban.

Les ocres, littéralement «terres jaunes»  en grec, furent largement exploitées dès l’antiquité. Aujourd’hui, la Société des Ocres de France est la dernière entreprise ocrière encore en activité en Europe. Elle exploite les gisements de Gargas près d’Avignon et produit une palette allant du jaune au rouge vif, en passant par des tons orangés.

Le bleu pastel est issu de l’Istasis tinctoria, autrefois cultivée à Toulouse. Pendant 3 siècles, «l’or bleu de Toulouse » fit la fortune de la région, malgré un cycle de fabrication fastidieux de près de deux ans. Il fut détrôné par l’indigo extrait de l’indigotier de l’Inde, moins coûteux, qui provoqua la mort de  l’industrie du pastel en 1562.

La garance était cultivée sur plus de 20 000 hectares dans le Sud de la France vers 1850. Le Vaucluse fournissait à lui seul 65 % de la production mondiale. Cette plante est à l’origine du tristement célèbre pantalon «rouge garance» des fantassins de la première guerre mondiale,  cible parfaite pour l’ennemi.

Toutes ces couleurs se présentent à l’état pur sous forme de particules poudreuses, impossibles à fixer en l’état. C’est le liant qui va permettre l’amalgame des pigments. Et c’est là que la peinture à l’acrylique diffère de la peinture à l’huile.  Dans la peinture à l’huile, le liant utilisé est l’huile de lin, d’œillette, de carthame, de tournesol... ou encore la résine de dammar. Dans le cas de la peinture acrylique, le liant est  composé d’une émulsion d’eau et de résine acrylique.

L’acrylique a la propriété de sécher rapide-ment lorsque l’eau contenue dans le liant s’évapore uniformément. Grâce à cette vitesse de séchage, l’artiste peut réaliser de rapides couches successives. La résine acrylique enrobe chaque particule de pigment et forme un film homogène, souple et satiné d’une grande élasticité.

 

Arts Echos le magazine art et déco : acrylique peinture révolutionnaireL'acrylique, polyvalente et créative

La caractéristique  remarquable de la peinture à l’acrylique est sa qualité adhésive. Elle peut être appliquée sans difficulté sur n’importe quelle surface à condition que celle-ci soit exempte de cire ou de matière huileuse. On peut peindre sur une toile de lin ou de coton, sur du papier, du carton,  du bois,  du contreplaqué, du ciment, du métal... Lorsque le support est poreux, il suffit d’appliquer au préalable un apprêt blanc.

L’acrylique agit un peu comme de la colle. Elle peut être mélangée avec de nombreux matériaux, au gré des envies de l’artiste : sable, verre, fibres de laine ou de papier, quartz, lave, pigments, terre...

Utilisable sous forme liquide ou en pâte, elle permet d’explorer les effets de surfaces. Pour créer un effet d’empâtement, on applique la couleur en masses épaisses au couteau ou à la spatule. Les gestes spontanés de l’artiste sont alors immortalisés dans la matière qui sèche rapidement.

Mélangée à de la pâte à texturer, l’acrylique prendra une consistance encore plus épaisse pour retenir les formes données par le couteau. De nombreux artistes improvisent leurs propres outils qui confèrent une griffe particulière à leurs toiles. Pour créer des reliefs importants, on améliore la capacité de travail du volume ; en augmentant la charge de la peinture avec du talc ou de la craie.

Si la plupart des artistes réalisent plutôt des empâtements et des
applications denses, une trans-parence remarquable peut être atteinte en travaillant sur la dilution des couleurs à l’eau. Ni trop transparente, ni trop opaque, la matière laissera alors apparaître la couche précédente. La luminosité obtenue est resplendissante et offre des instants diaphanes proches de l’aquarelle.

Les possibilités créatives de la peinture acrylique sont infinies. Rapide, quasiment inodore et en accord avec la création instinctive et spontanée du registre abstrait, elle s’impose comme technique contemporaine.  Ses caractéristiques physiques lui confèrent une belle longévité. les couleurs acryliques affichent une grande stabilité à la lumière : elles ne jaunissent pas et ne foncent pas. Avec le temps, la surface de l’œuvre reste imperméable, souple et ne craquelle pas. Une peinture quasiment indestructible.